—C'est cela! Tu vas bien, continue; parle, ne force pas ta voix.
Pourtant, il y avait de quoi me troubler; l'empereur m'applaudissait beaucoup et la bonne et bienveillante Joséphine approuvait par des signes de sa gracieuse tête les applaudissements que l'on me donnait. Au Ve acte, au fameux vers:
Si j'ai séduit Cinna, j'en séduirai bien d'autres,
je dis ce vers tout bas; je sentais combien l'application serait inconvenante. Le public le sentit aussi, ce fin et délicat, public parisien. Il se fit un grand silence; je respirai librement et relevai la tête. L'empereur et l'impératrice nous firent complimenter. Ce soir, par exemple, nos loges étaient remplies de tous les ambassadeurs, de quelques ministres: c'était l'usage. Ces messieurs aimaient à se trouver au milieu des artistes et sans incognito, aux grandes lumières, traversant fièrement les corridors qui conduisaient à nos loges. Ils aimaient à assister à ce petit désordre tout naturel après les représentations; nous voir en peignoirs, dépouillées de nos dorures; la femme de chambre qui leur disait:
—Pardon, messieurs, laissez-moi arriver jusqu'à madame. Il faut que je la décoiffe.
—Vous permettez, messieurs, qu'elle me délivre de ces ornements qui me fatiguent la tête?
—Comment donc! Nous ne voulons pas vous gêner.
Et ce Talleyrand, exprès, au coin de la cheminée:
—Vous ne la gênez pas. Elle est femme et coquette, notre belle Georgina; elle veut se faire voir dans toute sa simplicité. Voyez comme ce peignoir de mousseline doublé de rose lui va bien et laisse voir ses bras. Convenez, messieurs, que ce costume vaut bien celui d'Émilie.
—Monseigneur, je vous prie de vous taire. Vous êtes sardonique toujours dans vos compliments moqueurs. Ah! que vous êtes méchant! Vous verrez que je ne vous laisserai plus entrer dans ma loge.