—Calmez-vous. C'est mon voisin, le maréchal, qui, malheureusement pour vos oreilles si délicates, a beaucoup de pratiques aujourd'hui! C'est bien fâcheux, j'en suis désolée, mais, moi, j'y suis faite.

—Mais vous ne pouvez pas rester ici.

—J'y reste, à moins que vous n'ayez un palais à m'offrir. Jusque-là, je ne me sépare pas de mon maréchal ferrant: je l'aime!

—Chère demoiselle, il faut être jeune comme vous pour supporter un pareil vacarme.

—Je le supporte et j'en ris.

—Je venais vous prier de recevoir le prince Sapieha, homme distingué, qui adore les artistes et qui cherche leur société. Il va toutes les fois à vos représentations, et il sera très heureux d'être admis auprès de vous.

—Pourquoi pas, si ma mère le permet? Nous recevons beaucoup de monde, mon voisin le maréchal peut vous le dire; je puis donc recevoir le prince Sapieha.

Ma tante poussait beaucoup à cette réception; elle aimait peut-être les Polonais!

Le prince me fut présenté. C'était effectivement un homme tout à fait distingué, grand, mince, une physionomie fine et charmante, élégant sans affectation, très simple, ce qui dénote toujours le grand seigneur. Il resta peu, ne m'accabla pas de compliments, ce qui est encore très distingué d'un homme d'esprit, obtint la permission d'être reçu le lendemain. Il revint et demanda l'autorisation de me faire accepter comme hommage au jeune talent un superbe cachemire rouge, un voile d'Angleterre et un petit bijou de col avec une chaîne et un petit médaillon. Ma mère lui dit:

—Monsieur, si c'est à l'artiste que vous offrez ces cadeaux, elle les recevra comme artiste.