—Chère Georgina, vous ne devez rien avoir que de moi. Vous ne me bouderez pas, ce serait mal, et j'aurais mauvaise opinion de vos sentiments, s'il en était autrement.
On ne pouvait pas en vouloir longtemps à cet homme; il y avait tant de douceur dans sa voix, tant de grâce, qu'on était forcé de dire: «Au fait, il a bien fait.» (Sur ma tête, tout cela est vrai.)
—Vous avez bien raison. Non, je ne suis pas fâchée; mais je vais avoir froid, moi.
Il sonna Constant.
—Apporte un cachemire blanc et un grand voile d'Angleterre.
Il me conduisit jusqu'à l'Orangerie.
—A demain, Georgina; à demain!
Voilà littéralement ma première entrevue avec cet homme immense.
Constant ne me dit rien; il faisait bien. Je n'étais pas disposée à faire conversation avec lui. Il tombait de sommeil et ne fit qu'un somme durant la route. Je ne dormais pas, moi. Je trouvais le Consul très séduisant, mais assez violent. C'est une existence toute d'esclavage que je vais me donner; pas la moindre liberté à espérer, et j'aime beaucoup mon indépendance! Retournerai-je demain, comme je l'ai promis? Je suis dans une incertitude. Il me plaît; je le trouve si bon, si doux avec moi. Puis, sais-je bien si ce n'est pas un caprice? Il serait fort triste et fort humiliant d'être quittée. La nuit porte conseil; attendons. En arrivant chez moi, Constant me dit:
—A ce soir, huit heures, madame; je viendrai vous prendre.