—Oui, je l'ai beaucoup vu. Je te conterai cela une autre fois. Je ne puis dîner avec toi, ma chère amie, à mon grand regret, mais ma femme m'attend.

Mariez-vous donc; c'est plus honnête, c'est vrai, mais quelquefois bien gênant! On se marie par amour; je le pense, du moins. Quand on n'est plus amoureux, il faut se souvenir qu'on l'a été? Vous vous en souvenez, Talma. C'est encore quelque chose. On doit des égards à sa femme; cela n'est pas chaud, mais cela est honnête.

—Où donc as-tu appris tout cela?

—En voyant des gens mariés. Allons, cher Talma, partez; il est tard; mes compliments à Madame. A demain, nous jouons Cinna. La représentation tient-elle toujours?

—Jusqu'à présent.

—Tant pis, mais il faut faire son devoir.

A huit heures, Constant entrait dans la cour; il était venu à trois heures prendre les ordres. Me voilà encore en tête à tête avec ce bon et joyeux serviteur. La conversation pendant la route fut très laconique, de mon côté du moins. Constant avait beau dire: «Le Consul est enchanté de vous, il vous trouve charmante, il vous attend encore avec plus d'impatience. »Je restais fort silencieuse en me disant: «Le Consul cause donc avec son valet de chambre? Au fait, pourquoi pas? Je cause bien avec Clémentine. La familiarité du Consul avec son valet de chambre est une distraction, voilà tout! Puis il lui est dévoué.» Hélas! il ne l'a pas été, le misérable. Le Consul m'attendait.

—Bonjour, Georgina! Sommes-nous de bonne humeur?

—Oui, toujours pour vous.

C'était vrai, il était vraiment séduisant, son sourire céleste, ses manières si douces; il vous attirait, vous fascinait.