—Comment, vous partez?
—Oui, pour quelques jours. Tu vois quelle confiance j'ai en toi, tête folle; personne ne le sait. Eh bien, tu ne me parais pas affligée de mon départ.
En vérité, je sentais qu'il avait raison. J'aurais tout donné pour répandre une larme, mais je n'ai jamais été larmoyante. Puis, il faut être franche, je n'avais pas envie de pleurer. Ah! je ne puis effacer de ma mémoire ni de mon cœur le mouvement du Consul, qui mit la main sur mon cœur et la retira comme pour me l'arracher.
—Ah! il n'y a rien pour moi dans ce cœur!
J'étais à la torture. Je tournais la tête du côté du feu, je ne répondais pas un mot, mes yeux bêtement fixés sur ce feu étincelant, sur ces chenets brillants comme le soleil; enfin, les yeux fixés, fatigués sans doute de cet éclat, se mouillèrent et répandirent quelques larmes secourables. Le Consul les vit et son ravissement égalait ma confusion. Il se mit à les boire et à les baiser avec bonheur. Je le laissai dans l'erreur C'était mal, très mal, je m'accuse; mais il était si joyeux que j'aurais été cruelle en le désabusant. Je l'aimais, d'ailleurs; je ne le trompais donc pas!
(Arrangez cela, chère; mais ce que j'écris est tellement exact qu'il me semble que c'est arrivé hier, 27 mai 1857.)
Le Consul, toujours très bon et prévoyant, me dit: «Je ne veux pas que ma Georgina manque d'argent pendant mon absence.» Et il me fourra des billets de banque plein mon estomac.
(Ainsi, Valmore, cherchez la date: il partait pour le camp de Boulogne. Ceci est bien essentiel de voir les dates pour prouver la vérité de ce récit. Je vous l'ai déjà dit: Jamais l'empereur ne m'avait fait remettre d'argent par personne. C'était lui toujours.)
Nous nous quittâmes à trois heures du matin. Je fus très émue, quand il me dit:
—Adieu, Georgina. Sois sage, et à bientôt.