—Oui, vous semblez sentir la maternité plus profondément. Eh bien, ma chère Georgina, il faut devenir mère...

—Si cela se pouvait, que je serais heureuse! Comme il serait gentil, mon petit! Comme il aurait de belles robes, de beaux petits bonnets! Oh! tenez, je ne veux pas penser à cela; je deviendrais folle de joie.

Hélas! j'avais tort de me livrer à une pensée qui ne me préoccupait pas seule, car je me rappelle avoir été envoyée par celui qui désirait voir ce vœu accompli chez une femme qui habitait le faubourg Saint-Antoine et qui indiquait les moyens de devenir mère. Moyens infructueux pour moi, hélas! Quelle existence m'était promise, si je n'avais pas été frappée de stérilité!

Un soir, le Consul me fit venir à Saint-Cloud de très bonne heure. Il faisait assez froid, car il y avait du feu dans la bibliothèque où il me reçut. Ce feu, je dois me le rappeler. Le Consul se mit à jouer avec moi comme un vrai enfant. Nous nous mîmes par terre sur le tapis. Puis il se mit à monter la petite échelle que l'on a dans les bibliothèques. Il voulait prendre Phèdre et me faire lire sa déclaration, ce qui m'ennuyait horriblement; si bien que, toutes les fois qu'il arrivait pour prendre le livre, je faisais rouler l'échelle au milieu du cabinet. Il riait, descendait et me donnait de petits soufflets sur les joues, correction faite bien tendrement.

Je ne sais, chers amis, si je vous ai raconté ces niais détails, mais qui ne deviennent pas moins charmants de la part de cet homme immense.

—Décidément, tu ne veux pas me répéter Phèdre?

—Non, je ne suis pas disposée. Causons, je vous en prie; j'aime mieux cela.

—Soit, mauvaise tête.

Nous nous remettons par terre sur le tapis.

—Eh bien, ma chère Georgina, je vais te quitter. Je pars à quatre heure du matin.