—Oui, j'irai. Je suis content de vous avoir entendue parler ainsi; cela vous fait honneur. Oui, ma belle Georgina, j'irai vous voir; comptez-y.
—Venez avec le bon Giamboni; c'est votre intime. Il vient me voir souvent, et tous les soirs il est dans nos coulisses. (Tout cela est vrai.)
Le lendemain, je contai tout à l'empereur, qui m'approuva.
—Ce diable de Talleyrand, de quoi se mêle-t-il? Il veut que tout le monde boite comme lui; il aime à déranger toutes les existences simples et calmes. Il est tripotier, ma chère Georgina. Vous avez eu raison et je vous aurais grondée si vous aviez consenti à tenir cercle.
—Oui, n'est-ce pas? j'ai bien fait. J'aurais été là pour servir des rafraîchissements. Je ne suis pas assez complaisante pour servir des tasses de thé. D'ailleurs, jamais je ne consentirai à la moindre chose sans vous le dire, puisque vous êtes assez bon et assez indulgent pour me permettre de tout vous dire. Ce qui peut m'arriver est bien insignifiant; mais quelquefois tous ces riens peuvent vous distraire, et je suis trop heureuse quand je vous vois rire. Vous riez si bien que vous me faites oublier que c'est vous. C'est charmant de se mettre au niveau d'une personne naturelle. C'est une transformation qui, pendant quelques instants, doit vous rendre la vie plus légère.
(Ma chère amie, je tiens à ces petits mots, à cette conversation qui a eu lieu entre le Consul et moi.)
Quand les grands hommes veulent bien être aimables, il faut bien l'avouer, ils le sont plus que les autres, ils gâtent pour l'avenir. C'est de l'égoïsme, je suis tentée de le croire. C'est vous forcer aux regrets: la comparaison laissera toujours un souvenir qui arrivera jusqu'à moi. Et l'amour-propre, quel que soit l'homme, de quelque condition qu'il soit, le domine par-dessus tout.
Le Consul était la bonté même pour moi. Il daignait me parler souvent sur la manière dont j'avais joué; les critiques étaient toujours parfaites.
—Georgina, je ne vous trouve pas assez amoureuse dans Aménaïde. Je sais très bien que Voltaire a fait ce personnage un peu trop virago; mais enfin elle est passionnée, amoureuse jusqu'à la folie, et je vous trouve un peu froide.
—Eh bien! je vous assure que je fais tout mon possible. Mais, que voulez-vous? je ne me sens pas à l'aise comme dans mes rôles de mère.