—Laisse tes sottes phrases, parle-moi comme tu le sens; ne fais pas d'esprit avec moi. Dis-moi tout ce qui te vient naturellement.
Il ne se fâchait jamais de mes boutades, de mes bêtises, si vous voulez. C'est, je crois, ce qui a fait que, malgré des absences, je l'ai toujours et jusqu'au dernier moment trouvé bon et excellent pour moi! Aussi, c'est un culte, une adoration que rien n'a pu changer, et je m'en fais gloire! Tous ces souvenirs m'ont consolée de bien des déceptions et de bien des misères, de bien des abandons! Pauvre empereur! Combien il a dû souffrir, cet illustre martyr! On n'a pas le droit de se plaindre!
(Chère amie, placez-moi ces lignes sur mon empereur; j'y tiens.)
L'empereur ne fut pas huit jours sans me revoir. Je le retrouvai gai et bon toujours. Il m'arriva une singulière aventure que je vais vous raconter.
On m'annonce le capitaine Hill, Anglais, Américain?
—Que ce monsieur vous dise ce qu'il veut, Clémentine. Vous savez que je ne reçois plus les personnes qui ne me sont point présentées et que je ne connais point. Eh bien, allez donc! Que veut-il?
—Il dit qu'il ne peut dire qu'à vous seule ce dont il est chargé.
—Eh bien, qu'il m'écrive!
—Ce monsieur prétend qu'il ne peut pas écrire cela; il ne peut parler ni écrire.
—Eh bien, dites-lui qu'il aille se promener et que je ne veux pas le recevoir, et ne revenez pas: cela me fatigue.