ALADANE, BOSSE, BOUTET, LEBAS.

Plusieurs choses ont le droit de surprendre dans cet acte, revêtu de la plus complète authenticité. Le nom de Mars n'y figure point du côté de la mère ou de la fille. Pour Monvel, il tait son nom de Monvel, (il est vrai que son voyage en Suède ne l'avait pas encore anobli). Il ne s'y dit pas comédien et s'intitule bourgeois de Paris. Mais ce qui étonne bien plus, c'est qu'il y regarde Jeanne-Marguerite Salvetat (Madame Mars) comme sa femme, ce qui entacherait l'acte de nullité. Des considérations particulières ont déterminé sans doute Monvel à agir ainsi, nous ne pouvons les pénétrer ni les expliquer.

Ce que nous pouvons seulement affirmer, c'est que Monvel, peu de temps après cet acte, se maria en Suède où il épousa mademoiselle Cléricourt, fille d'un ancien comédien pensionné par le roi. Ce que nous pouvons dire, c'est qu'une personne, dont le père et l'oncle furent contemporains de Monvel, dont la famille, en un mot, s'est trouvée toujours unie à celle de mademoiselle Mars, autant par les liens de la parenté que par les liens du succès, madame Desmousseaux, cette actrice si distinguée de notre premier théâtre, dont mademoiselle Mars faisait si grand cas, cette seule duègne qui nous rappelle les temps glorieux de la Comédie, nous a assuré:

1º Que l'acte relevé par nous sur les archives de l'Hôtel-de-Ville lui paraissait incompréhensible;

2º Qu'elle savait de source sûre que mademoiselle Mars était née à Rouen et non à Paris;

3º Qu'il n'était pas rare, à cette époque, de voir des oublis ou des erreurs notables sur les registres de la Ville.

À l'appui de cette opinion, madame Desmousseaux ajoutait les faits qui suivent:

«Mademoiselle Mars est née à Rouen; le lendemain même du jour où Marie-Antoinette donnait, à Versailles, le jour à la duchesse d'Angoulême (Madame la Dauphine). Les chemins de fer n'existaient pas alors; aussi avait-il fallu toute la nuit pour que la nouvelle franchît la distance de Versailles jusqu'à Rouen. Les cloches mêlaient leur bruit à la grande voix du canon, au moment où madame Mars accoucha d'Anne-Françoise Hippolyte.»

Cette assertion de madame Desmousseaux nous paraît la seule raisonnable.

Comment admettre, en effet, la pension accordée à mademoiselle Mars, le meuble envoyé par la reine, dont il sera bientôt fait mention, si mademoiselle Mars n'était née que six semaines après la Dauphine?