Et cette fois la pression exercée à la sourdine sur la pauvre fille avait été plus robuste encore.
Un moment après, un cri véritable de mademoiselle Dugazon alluma de nouveau l'indignation de son frère. Pendant une minute, il jura, il tempêta, la tenant toujours au bras, et la priant de lui désigner du doigt, dans cette foule, l'insolent qui se permettait envers elle une pareille licence.
—Je veux lui couper les deux oreilles ajouta-t-il.
—Mon frère… je vous jure…
—Que vous ne venez point encore de crier? Allons donc!
—Oui… Eh bien! oui… j'ai crié, mon frère… mais c'était d'admiration!
Dugazon partit, cette fois, d'un sublime éclat de rire.
À quelques pas de là, nouvelle attaque et nouveau cri. Cette fois aussi Dugazon fait mine de tirer son poignard; il menace d'en frapper le téméraire…
—Pas encore… mon frère… pas encore, murmurait la malheureuse, toujours poussée par la foule, et partagée entre l'inquiétude la plus horrible et son admiration pour le bal. Un flot de masques les entoure bientôt; mademoiselle Dugazon est si pressée, si vivement chiffonnée, que ses cris ressemblent à une gamme solfiée par un chat. En vain cherche-t-elle des yeux cet antagoniste acharné dont la main indiscrète la moleste au point qu'elle en a les bras tout noirs de pinçures, la taille meurtrie et son domino tout éraillé. Rien… absolument rien! une foule compacte, indifférente qui passe! À la fin, elle n'y tient plus:
—Rentrons, mon frère… s'écrie-t-elle d'une voix expirante; rentrons!