Le bal était merveilleux; la reine et les princes y assistaient sous le masque. Tout ce que Paris renfermait d'illustre, de galant, de dissipé, s'était donné rendez-vous dans cette salle féerique. Mademoiselle Dugazon y serait bien restée jusqu'à la fermeture des portes, si son frère, qui avait grande envie de se débarrasser d'un si ennuyeux domino, ne fût revenu bien vite au rôle qu'il s'était proposé de jouer avec elle.

Dès le premier tour dans le foyer, et quand mademoiselle Dugazon, pressée, écrasée à demi par la cohue, admirait encore, la bouche béante, les dorures des colonnes, Dugazon se retourne vivement vers elle à un léger mouvement qu'il croit remarquer, en lui disant:

—Eh bien! qu'est-ce, ma sœur? qu'avez-vous? vous aurait-on manqué de respect? déjà?

—À moi… mon frère? à moi? Oh! non… je puis vous assurer…

Et dans ce moment même mademoiselle Dugazon mentait: une main agile, audacieuse, venait de lui presser assez rudement la taille.

Quelques secondes après, elle contint à peine, en marchant toujours au bras de son frère, un cri nouveau.

—Ah! cette fois, ma sœur, je vais avoir raison de l'insolent.

—Il n'y a pas d'insolent… mon frère… balbutia la malheureuse, à demi-morte de peur; c'est…

—Alors, pourquoi avez-vous crié? voyons.

—C'est… de joie… c'est de joie… je vous assure…