Grandménil, Dugazon et Desessarts représentaient donc la Comédie-Française, à certaines heures, chez mademoiselle Mars. Tous trois amis de Valville, ils prenaient plaisir à voir germer par ses soins ce petit prodige. Dugazon commençait cette éducation de sa petite-fille; cette éducation devait se voir achevée un jour par mademoiselle Contat!

II.

La maison de madame Mars.—Les Étrennes.—Déplorable santé de mademoiselle Mars.—Mademoiselle Mars amenée au foyer.—Monsieur et mademoiselle Raucourt.—Desessarts volé.—Mademoiselle Mars à la première représentation du Mariage de Figaro.—Originaux d'alors.—Le marquis Bilboquet.—Ingrate Amarante!—M. de Sartine juge.—M. de Chambre.—Champcenetz.—Remboursé!—Almanach des Grâces et des Maigres.—Morbide.—Champfort.—Mademoiselle Olivier.—La boîte à bonbons.—Le chevalier de Brigand.—Dazincourt.—Mot d'un spectateur à Beaumarchais.—Mort de mademoiselle Olivier.—Son épitaphe.—Le casseur de vitres.—Rivarol, juge de Beaumarchais et de Monvel.—Esprit d'alors.—Encore le jeune homme à la brouette.—Un traité d'actrice à marquis.

Nos lecteurs ont pu voir combien l'intérieur de madame Mars la mère était borné, la modicité de ses ressources ne lui permettait guère d'en égayer la monotonie habituelle.

À part quelques éclairs joyeux de Dugazon, quelques brusqueries de Grandménil, qui faisaient sourire la pauvre petite comédienne en herbe, rien ne corrigeait à ses yeux l'aspect renfrogné de cette maison, où toutes ses journées se ressemblaient.

Madame Mars avait pour Monvel un attachement sérieux, et elle le lui fit bien voir, quand, plus tard, cet acteur se maria en Suède. C'était une femme d'ordre et d'économie; ce qui le prouve, c'est qu'elle fut choisie par mademoiselle Mars elle-même, dès que celle-ci se vit riche, pour s'occuper de tous les détails de la maison. En attendant, elle était si misérable, qu'elle-même faisait sa cuisine. Ces premières années de mademoiselle Mars furent donc loin d'être heureuses.

Cependant Valville l'avait conduite quelquefois au théâtre Montansier, où il était acteur lui-même, nous l'avons dit, en compagnie de Damas et de Baptiste. À douze ans elle avait déjà joué à Versailles de petits rôles en harmonie avec son âge, celui du Plaisir entre autres, dans un divertissement qu'on y donna et qui avait pour titre les Étrennes[29].

Mais son apparence était si mesquine, sa santé si pauvre, sa voix si faible, que Valville désespérait d'elle et disait à Grammont[30]: On n'en fera jamais une comédienne!

Cependant mademoiselle Mars, même avant de jouer pour la première fois sur un théâtre, avait vu de près les premières coulisses d'alors,—les coulisses de la Comédie-Française!

La date est précise, c'est en 1784, et mademoiselle Mars avait alors cinq ans!…