Et Grandménil, soupçonneux comme tout avare, se désespérait.

Cependant le Savoyard redescend, au milieu d'un nuage de fumée. Tous les spectateurs, tous les curieux l'entourent: ô prodige! il a sauvé les caisses de Grandménil! Lui-même, voyez-le! Il s'approche, il s'agenouille devant ces bienheureux coffres; il en fait l'inventaire avec bonheur.

Tout d'un coup, le voilà qui se frappe le front; qu'arrive-t-il donc?

Il arrive ceci, qu'en moins d'une minute Grandménil a mis le pied sur l'échelle du Savoyard; il a bravé le feu, la fumée, l'incendie aux mille langues sifflantes; il court, il vole, à travers les corridors enflammés, jusqu'à sa loge.

—Que va-t-il rapporter? se demandent les assistants, peut-être un costume, un rôle oublié, quelque chose de précieux, dans tous les cas!

—Nullement,—on voit redescendre majestueusement Grandménil, comme un dieu de l'Olympe, sa savonnette d'une main, son rasoir de l'autre, et dans sa poche gauche, devinez le bout de cette porcelaine qui passe,—c'est un vase, son vase de nuit.

Naturam expellat farcâ, tamen usque recurret!

Dans ce même incendie de l'Odéon, Valville se jeta courageusement de la fenêtre de sa loge sur les matelas qu'on lui tendait.

Grandménil était, du reste, fort riche; il aimait à jouer la comédie dans son château. Il quitta le théâtre en 1811, et se retira aux environs de Paris. Les Prussiens, les Autrichiens et les Russes le tourmentèrent sur la fin de sa vie, comme les Euménides tourmentent Oreste: l'arrivée des alliés, en 1815, le tua. Il abandonna sa terre, et erra plusieurs nuits, en s'écriant:—Voilà le commencement de la fin!

En proie à l'intempérie de l'air, il prit la fièvre et mourut.