Champcenetz reprit:—C'est ce pluriel que je trouve singulier!»

Un dernier trait suffira pour peindre l'à-propos de cet auteur.

Champcenetz,—nous croyons ce fait entièrement inconnu,—eut dans son cordonnier, à l'époque de la révolution française, un ennemi déclaré. Cet homme, devenu la terreur, le bras-rouge de sa section, l'avait désigné à la surveillance de son district. Dans ce temps-là on retournait, comme on sait, les plaques de cheminée, les comités révolutionnaires ayant, avant tout, l'horreur des fleurs de lys. On va chez Champcenetz; on le trouve se chauffant les pieds devant ces plaques de tôle accusatrices. Il était à écrire; les espions du comité le dérangent; Champcenetz se drape dans sa robe de chambre, il improvise ce distique:

Vous retournez les fleurs de lys, mes drôles:
Retournez donc le cuir de vos épaules!

Au nombre de ces hommes, qui commencèrent à tout inventorier dans ses papiers, se trouvait le fameux cordonnier, qui l'avait dénoncé; ce farouche citoyen chaussait Champcenetz depuis douze ans. Bien souvent il avait parlé à Champcenetz de son mémoire; mais son débiteur jouait avec lui la scène de don Juan avec l'excellent M. Dimanche. Décrété d'accusation à la suite des accusations réitérées de ce créancier, Champcenetz fut condamné. Monté dans la fatale charrette, que voit-il au coin de la Conciergerie, dans cette même voiture, en se retournant? son accusateur!… Ce misérable avait été dénoncé à son tour; on venait de l'empiler avec d'autres captifs dans cette prison roulante, Champcenetz, arrivé sur la plate-forme de la guillotine, devait porter après son cordonnier sa tête au billot.

—Je n'en ferai rien, citoyen, dit Champcenetz d'un ton goguenard au disciple de saint Crépin. Comment donc!

—Monsieur le marquis…

—Il n'y a plus de marquis, il n'y a que des citoyens

—Alors, citoyen Champcenetz…

—Du tout, citoyen André Fivaut (c'était le nom de cet homme), à vous l'honneur!