Valville continua:

—Monsieur s'est mêlé parfois de jouer la comédie… seulement pour son plaisir. On donne ce soir un divertissement qui lui plaira.

L'affiche portait: la Princesse d'Élide, avec un divertissement dont le titre était: les Flacons magiques.

—Monsieur, poursuivit imperturbablement Valville, s'est de plus,—toujours pour son plaisir,—occupé d'écrire; on a joué de fort belles choses de lui à Carcassonne!

Cette fois Monvel comprit que Valville le prenait pour jouer le rôle de compère. Il s'y résigna; la conversation tomba sur les acteurs de la troupe.

—Nous avons ici une petite fille de neuf à dix ans qui joue comme une fée, dit malignement mademoiselle Montansier.

Le déjeuner se trouvait servi, elle invita Valville et Monvel à le partager.

Mademoiselle Montansier, qui devait épouser plus tard, à soixante-dix-huit ans, le danseur Forioso[41], n'était pas un idéal de beauté, loin de là! on eût pu même appliquer à son visage les vers de Voltaire à sa nièce, madame Denys:

Si vous pouviez, pour argent ou pour or
À vos boutons trouver quelque remède,
Ma nièce, vous seriez moins laide,
Mais vous seriez bien laide encor?

Petite, ramassée, criarde, elle avait l'air de se mouvoir par ressorts, comme un de ces puppi qu'elle remplaça plus tard par des marionnettes en chair et en os, quand elle fit bâtir sa salle par l'architecte Louis, sur l'emplacement des Beaujolais. Elle avait épousé un comédien nommé Bourdon de Neuville, mais on continua de l'appeler de son premier nom. C'était une mégère, une virago dans toute la force du terme; ses créanciers le savaient par leur propre expérience. Elle avait à Versailles un appartement avec un balcon donnant sur une cour intérieure avec de hautes murailles; voilà qu'un beau matin, ils viennent tous en députation carillonner à sa porte. Elle prenait son café.