—C'est bien toi!
—Oui, mais aussi il n'existe pas de chasseur plus acharné.
—Eh bien?
—Eh bien, mon cher, j'étais depuis trois jours chez Sauvigny et j'y travaillais comme un vrai nègre, quand en me promenant un soir avec lui je m'avise de lui dire:«—Mon ami, je pars demain!» Ma valise était déjà bouclée, c'était donc vrai; Sauvigny ne me dit rien, mais en se penchant sur le bord d'un petit mur, avec moi, il a l'air de se livrer à la contemplation d'une énorme pièce de terre.
«—Est-ce que cela t'appartient? lui demandai-je.
«—Comment donc! reprit-il, je ne te l'avais pas dit! Non-seulement celle-ci, mais celle-là!
«Et il m'indiqua emphatiquement une autre pièce avec un charmant bouquet de bois au milieu,—une remise excellente pour le gibier.
«—Je t'y aurais fait chasser, reprend-il de l'air le plus innocemment insoucieux; mais tu pars!
«Le lendemain je me lève mystérieusement avant l'aube. J'arme un fusil, je cotoye la haie, me voilà dans la campagne. Un lièvre part; je l'ajuste, j'avais bien visé, il est à bas. Un second succède, il a le même sort; puis un troisième. Il faut être chasseur pour comprendre toute ma joie.
«—Que ce Sauvigny est heureux, pensai-je, quelles plaines giboyeuses!
Quel malheur de les quitter!