Le maître le fit chasser et l’Enfant ne put alors que l’entrevoir traversant la Grande Clairière d’un pas élastique…

— Celle-ci est la maîtresse de la montagne et de la forêt, dit la servante au solitaire.

Elle avait dénoué la ceinture retenant sa draperie rouge sur ses gandourahs et jetait la tiède étoffe à celui qui était nu. Il comprit et s’en enveloppa de façon à ce que sa tête seule fût visible. Le regard de ses yeux ronds passait au-dessus du front de l’Enfant.

Soudain, il parla, en arabe, usant de mots dont ne se servaient jamais les montagnards, de locutions rares et nouvelles pour la visiteuse familiarisée cependant avec la langue de l’Islam. Il parlait comme on psalmodie :

— Je la connais. Elle est celle qui passe et qui demeure. Elle est la forme visible et le geste de ceux qu’on ne voit pas. Son silence interroge et sa présence ordonne. Le destin est un alchimiste ; il jettera ce dur métal au creuset ; l’épreuve du feu changera le métal en argile ; l’argile recevra les empreintes qui ne marquaient pas le métal. Il l’a posée sur ce sol, sachant pourquoi. Toutes choses lui sont destinées, puis elle sera destinée aux choses. Et cependant voici qu’elle est tel un vin frais rempli du suc des vieilles treilles. Mais l’amphore est fragile et la vie a grand soif…

L’Enfant curieuse et la servante atterrée écoutaient les paroles étranges.

Des plis de la draperie rouge, le solitaire libéra une de ses mains, pleine du trésor écarlate des arbouses, et se remit à manger.

L’Enfant s’avançait vers la hutte.

— Elle veut prendre au gîte ce qui n’appartient pas à l’homme, mais à l’esprit, dit doucement le mangeur d’arbouses.

— Je ne veux voir que ta cabane, répliqua-t-elle au hasard.