— C’est le Livre que tu verras.

Intriguée, elle pénétra résolument sous l’amas des branchages. Des tiges de chiendent, d’un blanc verdâtre, rampaient sur le sol. Et, suspendu par des lanières de cuir et de laine, contre l’embroussaillement du toit, elle vit le Livre, une quantité de feuillets disjoints, gravés de signes arabes et de caractères latins, mais dans une langue que l’Enfant ne connaissait pas. L’écriture inégale et l’encre aussi blafarde que les tiges de chiendent croissant à l’ombre, ajoutaient à leur aspect mystérieux.

— « Un sapin isolé se dresse sur une montagne aride… », psalmodiait le solitaire.

— Que dis-tu, que dis-tu ? cria la servante dont la terreur superstitieuse grandissait.

— Je lis ce qui est écrit dans le Livre, répondit l’homme en fermant ses yeux de hibou. — Et il reprit de la même voix : « J’ai rêvé d’une enfant de roi aux joues pâles et humides… Ils ont empoisonné mon pain, versé du poison dans mon verre, les uns avec leur haine, d’autres avec l’amour. »

L’Enfant ignorait que ce fussent là des vers de Heine. Elle écoutait l’homme en regardant les mystérieux feuillets.

— « Par le figuier et l’olivier, par le mont Sinaï et ce pays fidèle, nous avons créé l’homme dans les plus admirables proportions. » Dis au nom du Dieu adorable : « Il apprit à l’homme à se servir de la plume, il mit dans son âme le rayon de la science. »

Cela, c’étaient les sourates écrites en caractères koraniques sur les feuillets…

L’Enfant sortit de la hutte sans toucher au livre de l’anachorète.

— N’apprends-tu pas à celle-ci comment les porcs-épics te connaissent ? suggéra la servante, désireuse de mettre fin à une scène qui lui semblait une dangereuse sorcellerie.