Créée ou incréée, voici la forêt éternelle ! Depuis toujours et à jamais, dans la suite des temps et leur pérennité, voici la forêt perpétuelle !
Une frénésie d’amour et d’orgueil a saisi l’Enfant. L’indomptable est son bien, son royaume et son héritage. Elle baise le sol chargé d’humus aux impérissables semences. Elle s’entretient silencieusement avec la sylve :
— Je te ressemble. Tu es ma mère… et tu n’appartiens qu’à moi.
Tout à coup, ses dents se serrent, son cœur se crispe, ses yeux s’embuent, puis flambent d’un sauvage éclat. Des vers s’inscrivent durement, creusent leurs signes et approfondissent leur sens dans sa mémoire ; des vers qui impliquent une prophétie redoutable. Ils sont faits de mots flamboyants pareils à ceux que le prophète hébreu, l’homme aux lions, son favori, ce Daniel de race royale, traduisit en claires paroles : — les mots apparus sur la muraille au festin du fils de Nabuchodonosor.
Pour l’Enfant, l’avertissement est plus terrible que celui donné à l’Assyrien, parce qu’il atteint au-delà d’elle-même et tue celle qui ne pouvait pas mourir.
O mère des lions, ta mort est en chemin,
Et la hache est au flanc de l’orgueil qui t’enivre…
… le roi des derniers jours,
Le destructeur des bois, l’homme au pâle visage…
L’Enfant se mit rapidement en marche à travers la forêt. Elle coupait par le plus court, sans hésitation, quittant le sentier étroit, la sente plus étroite, pour suivre les foulées des bêtes.