Sur le sol convulsif l’homme n’était pas né
Qu’elle emplissait déjà, mille fois séculaire,
De son ombre, de son repos, de sa colère,
Un large pan du globe encore décharné.
Longtemps, les monts avec leur ossature de gneiss et de granits, issus des entrailles de la terre, repoussés et vomis par le formidable volcan initial, avaient progressé, pendant des millénaires, vers les espaces illimités de l’éther. Puis, les érosions, toutes les forces éoliennes et pluviales, saccagèrent les cimes. L’œuvre sournoise des infiltrations et le travail de désagrégation des sources s’accomplirent avant que l’homme prît sa place parmi les hôtes de la forêt, l’immense forêt végétale, gorgée de tous les limons, la profonde forêt animale, grouillante et bruissante de vies multiples, la géante et l’indestructible forêt, large ceinture des monts chauves et pour laquelle le poète scandait :
Les étés flamboyants sur elle ont resplendi,
Les assauts furieux des vents l’ont secouée,
Et la foudre à ses troncs en lambeaux s’est nouée ;
Mais en vain : l’indomptable a toujours reverdi.
L’Indomptable ! Que lui font le nombre des chênes lacérés et celui des cèdres décapités ou abattus, croulant par le travers des vertigineuses ravines ? Un arbre meurt, dix arbres renaissent. De trop vieilles futaies s’anéantissent dans le maquis, vingt taillis nouveaux resurgissent. Un feu de berger, allumé dans les clairières, gagne le bois, brûle et rase quelques hectares, mille rejets et la fraîche profusion des crosses de fougères et des tendres graminées rejaillissent de la dévastation.