Très pâle, oppressée par un grand bondissement intérieur, elle enveloppait du regard et dénombrait la bande des ravageurs. Sa lèvre gonflée et retroussée sur ses dents exprimait de la colère et du mépris.
Ceux-là non plus n’appartenaient pas à sa véritable race. Avec leurs membres solides et musculeux, leur face cuivrée de soleil et de poussière végétale, leurs prunelles obscures où vacillait le reflet du balancement et du frémissement des feuillages, ils s’apparentaient à des divinités sylvestres, ils étaient les frères des dryades. L’Enfant croyait voir leurs pieds revêtir des formes de racines et s’enfoncer dans le sol pour y prendre la place des arbres tués. Cela la blessait et l’indignait au point le plus vibrant de sa sensibilité.
« Le roi des derniers jours de la forêt ! » Il s’incarnait dans tous ces hommes, humanité consciente ou inconsciente, formidable et brutale, prolixe de gestes et de paroles, devant sa fragilité.
Ils avaient cessé de travailler et la contemplaient avidement. Un enchantement confus visitait leurs âmes engourdies, indécises. Symboles des masses frustes et de la lourde matière, ils subissaient avec ravissement la présence de l’Enfant qui était esprit. Leur cerveau brut, dont rien n’avait éclairci ni différencié les couches, pressentait la douceur et le prestige indéfinissable de la pensée devant cet être chétif et pensant.
L’apparition de la petite suzeraine n’évoquait pas pour eux la vision des foyers lointains où grouillaient des enfants de tous les âges, car elle ne ressemblait à aucun d’eux. Elle leur représentait quelque chose de très clair, de très subtil et de très haut. Ils percevaient instinctivement son rayonnement spirituel. Tous se prirent à sourire, reconnaissants, à cause de cette lumière qui visitait leur ombre.
Mais bientôt leur sourire s’effaçait ; des lueurs s’éteignaient dans leurs prunelles sauvages ; ainsi que des bêtes, ils flairaient, dans l’air ambiant, combien le silence de l’Enfant était chargé de menace et de dédaigneux courroux.
Ils essayèrent de lui parler sans savoir exactement que lui dire ; et parce qu’elle persistait à se taire, un invincible malaise les étreignit.
Ils voulurent se remettre au travail ; mais les haches se faisaient pesantes dans leurs mains molles, et, subitement, il leur sembla qu’ils accomplissaient là une tâche illicite et coupable, une action mauvaise. La réprobation muette tombait sur eux comme une condamnation et le pire des châtiments. Il y en eut qui eurent peur et s’éloignèrent.
L’Enfant réfléchissait. Serait-elle toute puissante sur ces gens dans l’expression de sa volonté ? Elle ne se sentait pas aussi sûre d’eux que des autres, de ceux qui étaient ses esclaves et qui l’aimaient. Cependant elle savait qu’elle venait de les conquérir et de les intimider.
Alors, elle prononça :