— Ce sont les derniers arbres que vous abattrez.

Elle souhaitait qu’ils s’inclinassent dans un seul mouvement d’obéissance.

Il se trouva que leur chef répondit simplement :

— Ce sont les derniers. La coupe est finie depuis ce matin. Nous partons.

Un convoi de mules fit irruption qui venait charger les dépouilles des morts. L’Enfant choisit la plus fine, s’étendit sur le bât que le conducteur avait hâtivement recouvert de son manteau de laine blanche, et tourna bride dans le bois.

Sa bouche effleurait au passage tous les rameaux pendants. Elle murmurait à la forêt :

— J’ai arraché la hache et tu ne périras plus.

La fête des vivants est éclatante au soleil, parmi les pierres.

Les détonations des vieux fusils claquent moins haut que les cris de joie lancés comme des flèches pour déchirer la soie flottante du ciel. Sur les rocs surplombant la vallée étroite, les aires de vautours, les nids peuplés de gyps fauves, rivaux des puissants gypaëtes, se tiennent silencieux. Un des grands rapaces, inquiet, apparaît sur les cimes, prend encore de l’altitude pour planer au-dessus de la cohue ; il descend d’un vol circulaire ; l’ombre de son envergure passe sur le front des hommes tumultueux, puis, rassuré, il regagne les hautes zones de l’atmosphère. Le nombre des femmes répand tant de parfums dans l’air respiré qu’on ne discerne plus l’odeur des sylves environnantes. Tant d’encens et de benjoin brûlent autour du tombeau du saint champêtre, dont c’est la fête et le pèlerinage, que la suave fumée domine celle des foyers allumés entre trois pierres pour rôtir les viandes du festin.

Une demi-coupole, badigeonnée de chaux bleutée, indique le lieu de la sépulture sacrée, dans une enceinte d’éclats de roche entassés. L’arbre-tabou qui ombrage ce lieu, un vieil azerolier, a moins de feuilles que de lambeaux de voiles et de tuniques, ex-votos de la piété féminine.