Son instinct forestier en alerte, l’hôtesse de la cabane se mit à ramper et à tâtonner dans l’obscurité, entre les poules qui ne firent pas un mouvement. Bientôt elle flaira ure odeur étrange, désagréablement musquée.

— La genette…

Et elle s’immobilisa, guettant à la manière d’un chat sauvage.

— La genette…, celle avec qui conversait l’Homme nu…

Elle percevait des glissements, des frôlements et comme une imperceptible, minuscule et implacable fatalité rôdant dans l’espace étroit et choisissant son instant et sa victime. Une œuvre irrémédiable s’accomplissait silencieusement. L’Enfant se sentait vue et surveillée par la bête qu’elle épiait et ne parvenait pas à voir.

Enfin lasse du guet, elle finit par s’endormir tout à fait, parmi les petits tas de plumes des poules inertes…

L’aube : une éclosion rapide du jour ; l’Enfant s’éveille à même le sol, après le sommeil profond qui lui fit si doux le repos sur la terre plutôt que sur les tapis laineux.

Une dizaine de poules, les ailes étendues, les pattes roides, gisent autour d’elle, mortes. Toutes ont, près de l’oreille, une blessure identique, une morsure ; leur crête pâle témoigne qu’il n’est pas resté de sang dans leur corps. Et, parmi ces cadavres, mince dans sa fourrure zébrée et gracieuse dans son abandon, une genette de Barbarie dort encore, ivre de sang, ivre à en avoir perdu la vigilance de l’instinct.

L’Enfant saisit le voile féminin embaumé, le replia en triple et s’en servit comme d’un filet pour s’emparer de la bête calamiteuse. Celle-ci se débattit peu, en dépit de la vigueur et de la férocité de ses défenses naturelles. Alors, l’Enfant sortit de la cabane et de l’espace clos par les draperies. D’un seul appel, elle rassembla les gamins de son clan.

En voyant la genette, ils acclamèrent l’héroïne de la chasse imprévue, lièrent d’une cordelette le fin museau du petit fauve jusqu’à faire pénétrer le lien dans la chair fragile. Les quatre pattes furent immobilisées de la même façon.