L’Enfant et sa légion de gamins psalmodiaient devant le cadavre du petit taureau.

Ils s’étaient mis en quête dès le matin, dès que les bergers eurent annoncé que deux panthères avaient miaulé toute la nuit et que le taureau gris n’avait pas rejoint le troupeau comme de coutume. Ils le découvrirent au bord d’un ravin, dans le bouleversement du sol et la dévastation des broussailles qui témoignaient de l’acharnement du combat.

Une panthère éventrée, les reins brisés, gisait dans le précipice. Le félin avait été vaincu par la bête robuste et brave, adroite au combat. Mais les traces d’un second fauve se relevaient nettement et c’est celui-ci qui égorgea sans gloire le taureau ivre de fatigue, aveuglé de sang. Le vainqueur sans noblesse s’était rassasié de chair noble, abandonnant le reste à la faim des chacals qui pillèrent la dépouille. Seule demeurait presque intacte, contre le squelette âprement rongé, la dure tête aux yeux vitreux, aux cornes luisantes.

Sur l’ordre de l’Enfant, les gamins psalmodiaient encore :

— Et c’est pour le plaisir, pour le plaisir qu’il s’est battu jusqu’à la mort…

Entre les cornes du taureau, gravement, elle jeta une poignée de feuillage.

— Aaha !… Aaha !…

Le lamento des hommes marque la lourde allure du cortège. Les chasseurs de panthères reviennent de leur nocturne aventure et l’Enfant est avec eux.

Comment eût-elle laissé impunie la mort sanglante du petit taureau. Elle avait appelé ceux qui n’hésitaient jamais à dresser un affût, et revendiqué sa place avec eux tous pour la chasse vengeresse.

Maintenant, dans les herbages élyséens où doivent revivre les taureaux morts vaillamment, le taureau gris mugissait de contentement puisque son meurtrier ne hanterait plus la forêt.