C’était un bel étalon pommelé, père de plusieurs générations de poulains et de pouliches.
Il plia brusquement les membres comme si ses jarrets se fussent rompus.
Les serviteurs affirmèrent que les gens avaient trop loué son élégance et sa vigueur, sans ajouter à leur louange la formule d’invocation pour Dieu afin qu’il fût préservé du mal.
Le beau cheval étira son encolure contre le sol desséché. Ses sabots se heurtèrent l’un à l’autre, incohérents et désespérés. Sa tête se souleva pour retomber lourdement, les naseaux remplis de terre. Ses yeux morts restèrent semblables à ses yeux vivants. Et ce fut fini de lui.
On le laissa là où il était tombé, au bord de la rivière.
Une grande impression de force anéantie se dégageait de cette dépouille aux formes parfaitement harmonieuses, aux beaux muscles fins et solides, tendus encore sous le poil brillant et doux.
L’Enfant demeurait près du cheval mort, assise sur l’herbe rase et brûlée. Ses doigts erraient dans la crinière gonflée encore du vent de la dernière course. La petite amazone revoyait le fier animal, campé au tournant de la route des plaines, à l’époque où l’on attendait le passage des Achabas. Elle le revoyait à l’horizon de la Grande Clairière, hennissant pour les cavales visibles ou devinées, toujours cabré, mordant le mors, mais sans vices ni tares à cause de sa noble race. Et il était aussi le seul que l’Enfant montât sellé et bridé.
On conservait sa généalogie avec le soin jaloux qui veille sur celle des chérifs et son nom s’ajoutait glorieusement au nom des plus précieux poulains.
Il portait des colliers d’amulettes qui tintinnabulaient sur son large poitrail. Sa croupe conservait l’empreinte de la main fatidique, teinte d’un henné préparé pour la commémoration de la naissance du Prophète.
Cependant, le bel étalon était mort.