Voici qu’elle est environnée des bandes houleuses, glapissantes ; les chacals ont faim. Elle croise son regard avec celui des phosphorescentes prunelles qui jaillissent de toutes parts. Des fourrures audacieuses glissent à portée de ses mains.
— Ma fille, ma fille, la toute petite et la précieuse, réponds, je te prie !
La voix du Rahmani, éclatant dans les lauriers-roses, disperse momentanément les chacals.
— Mon frère, ô mon frère le choisi, je suis triste et je défends mon cheval Moueddin contre les bêtes de la mort.
Il la rejoint.
— Je suis passé par ta maison sans te rencontrer. Les serviteurs m’ont appris cette chose, et je t’ai cherchée, et je te trouve pour avoir une occasion de louer Dieu. Les chacals ne sont pas des adversaires dignes de toi ; peut-être, se sentant aussi nombreux que les cheveux de ta tête, pourraient-ils te faire du mal.
Il la prend en croupe de son vivant cheval, nerveux et fuselé comme un sloughi, mais qui ne saurait se comparer à Moueddin ni pour la force ni pour la beauté. Ils remontent les pentes obscures.
— Demain, viens au campement ; nous te ferons oublier ton chagrin.
— Je n’ai presque plus de chagrin, ô Rahmani ; cependant, j’irai te demander de m’expliquer des songes.
Une lamentation confuse, aux paroles entrecoupées, s’éleva, traîna, retomba et se fondit dans la nuit. C’étaient les servantes qui composaient un chant sur la mort de Moueddin, l’amant des cavales.