Une mouche posée sur sa paupière fit qu’elle sursauta de dégoût. Alors, elle eut une réminiscence d’un verset biblique déclarant impurs les animaux morts et impur jusqu’au soir quiconque les touchait.
— Je suis donc impure, impure, ô Moueddin ! Et parce que tes sabots baignent au lit de la rivière, l’eau de la rivière ne me purifiera pas…
Mais elle laissait ses doigts mêlés aux crins du beau cheval.
Cependant le prompt crépuscule passait dans la clairière et sur les forêts ainsi qu’un vol d’oiseau regagnant le nid. Ce serait bientôt la nuit. Et l’Enfant se serrait contre le cadavre lentement saisi par le froid funèbre.
— Maintenant, songeait-elle encore, les chacals vont désirer manger Moueddin. Ils viendront, me trouveront ici, et que prétendront-ils faire ?… Nous n’avons pas voulu t’ensevelir, ô Moueddin ; les chacals savent reprendre les corps enterrés même sous les lourdes pierres et les épines acérées.
Elle connaissait trop bien les bêtes viles, sans cesse affamées, qui ne souhaitent rien sinon manger et manger beaucoup. Les conteurs, les fabulistes et les poètes arabes vouaient cette espèce aux rôles sournois ou infâmes, car elle passait pour fausse avec moins de subtilité que le renard et basse et rusée avec moins de malice. Et, sous la terre, Moueddin eût souillé son poil miroitant qui renvoyait encore un reflet aux eaux glauques et rares de la rivière d’été.
Dans l’ombre foisonnant subitement, un corps fauve, empanaché d’une queue touffue, s’aventura hors des broussailles en lisière. Un museau pointu prit le vent et se replongea dans les taillis.
Les chacals reparurent à deux ou trois et jetèrent le cri aigu, bref, puis prolongé en glapissement stridulant qui invite à la curée. En demi-cercle et sur tous les points à la fois, ils parurent sourdre. Bientôt, on entendit glapir et s’appeler sur les confins de la clairière d’où se détachaient les bêtes qui, toutes, convergeaient vers le cadavre du cheval.
L’Enfant ne les craignait pas. Maintes fois, par jeu, elle avait elle-même donné le signal de leur apparition et de leur rassemblement en imitant leur cri d’avertissement, avec tant de perfection qu’ils s’y trompaient toujours.