— Je remonterai au printemps suivant, comme vous.
— Ah ! pour nous il y a une loi différente et qui ne t’atteindra point ; car ce sont nos troupeaux qui remontent, parce qu’ils ont faim, et nous sommes obligés de les suivre. Pour toi, nulle nécessité. Et ne seras-tu pas maîtresse là-bas de la même manière que tu l’es ici ? Il fut écrit sur toi que tu régnerais toujours à cause de la puissance égale de ton esprit.
— Mais la forêt ?… Je l’aime par-dessus tout, tu le sais.
Il dit d’une voix grave, douce et convaincue :
— Tu n’aimeras plus la forêt ou tu penseras à elle comme à une morte avec qui tu n’aurais plus rien à faire dans ce monde.
— J’y penserais comme à une morte…
Elle eut un éclair de courroux dans les yeux et, l’accent rude, les paroles tranchantes, elle ripostait au favori :
— Ne me parle plus de telles choses. Tu m’affliges et m’offenses ; je ne te le permets pas.
De campement en campement, ils atteignirent un plateau étroit dont les pentes dévalaient jusqu’à une prairie basse, incessamment mouillée d’infiltrations de sources.
Deux maisonnettes, couvertes de tuiles rouges, pareilles à celles qu’on voit aux deux bords des routes qui traversent un village, ajoutaient leur nostalgie banale à la mélancolie du plateau dénudé.