Or, l’Enfant avait appris la vie des plantes en même temps que la vie des bêtes.
Elle savait la divinité végétale du cèdre, la royauté du chêne-liège, quand les hommes n’ont pas encore attenté à sa personnalité puissante. Elle savait comment le chêne-zéen, sorte de roi dépossédé de la couronne que le vol circulaire des aigles pose au front des montagnes, lutte contre son rival. Il lutte, ne désespérant point de reconquérir la suprématie forestière. Il lutte, en s’élançant d’un jet vers le ciel, en élargissant la circonférence de son tronc à l’écorce unie et qui reste droit. Il domine les têtes frisées des autres de sa tête aux frondaisons plus légères, avec des feuilles plus larges et souples. Là où il réussit à lutter, non seulement par l’élégance et la forme, mais avec un nombre égal, le chêne-liège abdique et, peu à peu, disparaît.
Mais, ils avaient beau faire, les grands arbres demeurés victorieux, dans les fourrés, autour des sources, les fauves dédaignaient leur écorce et n’y aiguisaient point leurs griffes. Le chasseur ou le passant traversait leurs groupes sans lever la tête et sans que son visage marquât l’étonnement ou l’extase, sans que sa bouche proférât les paroles d’admiration et de louange qui saluaient les chênes tors, moussus et vénérés.
L’Enfant ne méconnaissait rien des vies inférieures, actives, des sous-bois.
Là, point de majestueuses querelles. Les fougères croissaient indépendantes, jamais mélangées d’aucune végétation, tandis que les myrtes fraternisaient avec les palmiers nains et les buissons rampants des cistes. Les phyllarias supportaient amoureusement les vignes vierges. Les arbousiers et les lentisques étaient sans amitié pour leur voisinage, mais sans querelles. Les lauriers-tins s’environnaient du rempart des rochers au creux des ravines. Les lauriers-roses vivaient en tribus. Les touffes de diss, simples et silencieuses, sans insectes et sans oiseaux, ne s’émouvaient qu’au passage du vent. La luzerne arborescente et le genêt épineux confondaient leurs floraisons jaunes. Les hautes bruyères blanches, trop parfumées, avec des racines impitoyables, faisaient lentement et doucement mourir toute herbe ou plante prétendant croître auprès d’elles.
Et il y avait encore, le long des petits torrents, des cyclamens et des violettes, simples et persévérants, et, contre les parois au ruissellement continu, les délicats et frémissants capillaires.
L’Enfant aimait le chèvrefeuille blanc et rose, sans parfum, celui qui est appelé par les Arabes, le Sultan de la forêt.
Il jaillissait soudain du sol entre les racines d’un arbre, dans la verte ténèbre des grandes futaies. Il s’appuyait au tronc énorme ; caressant et volontaire, progressant sans répit, il atteignait la première fourche. De branche en branche, inlassablement, sa force accrue à chaque soleil, il prolongeait l’ascension. Tout à coup, il touchait au faîte ; ses fleurs terminales dominaient l’arbre qui l’aida et la forêt tout entière.
Orgueilleux, fragile et sublime entêté ! Maintenant le soleil tombait sur lui d’abord, pour ruisseler ensuite sur les autres. Sultan de la forêt !
Ce matin-là, l’Enfant ne prend pas l’un des poulains rapides, mais la vieille mule étourneau dont le pied n’a jamais bronché.