Mais tu pourras dormir, vengée et sans regret,
Dans la profonde nuit où tout doit redescendre :
Les larmes et le sang arroseront ta cendre
Et tu rejailliras de la nôtre, ô forêt !
De quelles cendres renaîtrait la forêt brûlée ?
Serait-ce de celles de sa faune et de sa flore ? Et depuis quand une mère morte ressuscite-t-elle des débris de ce qu’elle a enfanté ? Serait-ce des ossements du grand ossuaire, ravagé aussi par le feu, là où l’Enfant réfléchit longuement, un soir, et où les crânes blancs avaient été souillés de cendre neuve et de charbon ? Les très vieux sépulcres n’étaient-ils pas stériles ? Et ce ne serait point non plus du sang des taureaux et des panthères, pas plus que des pleurs cruels de l’Enfant que pourrait ressusciter la forêt…
— … Tu penseras à elle comme à une morte avec laquelle tu n’aurais plus rien à faire en ce monde, … avait dit une fois le Rahmani.
Cependant, de cette morte, une forêt renaîtrait certainement. Des verdures nouvelles referaient l’ombre sur cette étendue livide. La vie recommencerait de plus en plus active après chaque année écoulée, car le feu dévorant n’avait pu tarir les sources dont le murmure divin et le principe vital persisteraient éternellement.
L’instinct des montagnards pressentait si bien tout cela que, déjà, les bergers s’efforçaient de reconstruire des huttes avec le bois noirci glané de place en place. Attachés au sol, patients dans l’épreuve, rescapés du cataclysme, ils attendaient que l’herbe recouvrît encore la terre, fécondée par la cendre même, pour y remettre un humble bétail.
Une forêt renaîtrait, une jeune et ignorante forêt, dont l’Enfant se sentirait alors l’aînée plutôt que la fille et qui ne lui serait plus la grande et la magnifique, la solennelle et la vénérable, celle dont elle crut naître et dont elle vécut, la forêt tutrice et maternelle.