Alors…


La caravane du Rahmani ondule et progresse, cherchant lentement son chemin parmi les débris, entre les fûts charbonneux de ceux qui furent les arbres souverains.

C’est vers le soir. Mais les Achabas ne manifestent nulle hâte pour la halte et le campement de la nuit. La prudence ne s’impose plus aux conducteurs de troupeaux. Les fauves ont fui la dévastation et la nudité de la montagne.

Le profil des sommets, nettement découpés dans leurs arêtes, hausse désespérément sa mélancolie contre un ciel couleur de soufre.

Une infinie tristesse envahit les Nomades, qui cheminent muets, et s’appesantit sur leurs troupeaux. C’est que, pour eux, les Sahariens qui gravissaient la montagne verte au sortir d’un désert incandescent, il y avait eu, dans ces paysages d’été et d’altitude évanouis, une tendresse qui ne se déterminait point, mais dont ils s’étaient sentis enveloppés et vivifiés à chaque retour de la saison d’exode. Le repos des brebis sous les oliviers leur fut moins farouchement précieux, mais peut-être plus sensible et plus doux que l’abreuvoir des caravanes, au point d’eau unique, sur la longue piste sableuse…

Et ceux qui descendaient aujourd’hui vers les oasis pleines de dattes mûrissantes, ne remonteraient jamais vers cette contrée ruinée dont l’ombre et la fraîcheur n’étaient qu’un souvenir.


L’Enfant s’en va avec les Sahariens.

— … Tu seras maîtresse là-bas comme ici…