— Tu ne feras pas cela…

— Pourquoi, Mâlema ? Tes leçons disent qu’on ne doit pas être des esclaves malheureuses pour la durée des temps et que la justice sans mensonge, c’est le bonheur pour toutes. Si un malheur empêche la joie, il faut détruire ce malheur.

Et elle suivait son mari qui venait la chercher…

Peu après cette visite, Noura apprit que l’écureuil Helhala avait divorcé, puis abandonné la maison paternelle, pour se joindre à une troupe de cabotins du plus bas étage.

Elle eut un chagrin profond qu’elle ne put cacher à Claude Hervis. Elle lui en révélait les causes tandis qu’il l’accompagnait avec Mouni à un village indigène où l’une des élèves, Beïa, était malade.

Le sculpteur martela :

— La souffrance et l’exaltation des unes, la révolte et la chute des autres, voilà l’aboutissement de vos leçons ! En voulant déchirer le voile, vous faites des victimes et des dévoilées professionnelles !

Mais Noura répliquait serrant la main de Mouni, les yeux brillants de larmes refoulées :

— Je vaincrai la stabilité, l’hostilité et l’excès des choses. Je mesure la beauté et la bonté au dur labeur nécessaire pour les obtenir. Les nouvelles vies s’achètent au prix des douleurs et des risques mortels de la maternité. Je fais une œuvre de mère ; des esprits nouveaux doivent naître de moi. Quelques-uns ne seront pas selon la pure raison et le bonheur pour quoi je les enfante ; grâce et pitié sur eux ! Que leurs frères soient leur rédemption.

Elle ajouta vibrante, douloureuse et virile :