Zorah, une autre des petites brebis, à dix ans fut donnée à un homme de cinquante.

Elle revint une fois voir la Mâlema, car son vieux mari était momentanément amoureux de ses caprices. Elle conta comment elle avait trouvé une co-épouse dans le gourbi montagnard que l’époux, gardien d’un domaine, préférait à la maison française construite auprès. Trois enfants infirmes y végétaient et la mère se mourait le corps et le visage dévorés par un mal semblable à la lèpre. Un cousin de la malheureuse était venu, avait voulu l’emmener ; mais le maître s’y était opposé disant cyniquement :

— Qu’elle crève ici.

Zorah et la victime sanglotaient d’épouvante et d’horreur.

— Tu comprends, ô Mâlema, il est fort dans le mal et l’injustice, parce que cette femme n’a ni père, ni frères pour la défendre, parce que le Cadi est loin, et qu’elle ne peut marcher pour aller demander le divorce, et que notre seigneur la tuerait avant qu’elle arrive peut-être. Mais je ne veux pas devenir comme elle. Je suis une enfant ; mais les enfants ont le droit de se défendre et les femmes les aident. Il y a le poison, ô Noura, il y a le poison !…

Noura restait terrifiée par l’exaltation de Zorah la douce.

— Tu ne feras pas cela, petite.

Zorah riait du bout des dents et murmurait :

— Il est assez vieux ; les années de sa vie peuvent finir.