Et qui consolera mieux l’impuissance humaine que cette similitude des derniers logis parmi les herbes et les feuilles, dans l’enveloppement de la terre en fleur !

Une vivante lumière flambe sur les marjolaines fleuries au milieu des cippes et sur les coupes creusées à même le marbre ou figurées par une petite tasse enluminée prise dans le mortier. Et, peintes ou burinées aussi bien sur les sépultures féminines que sous le turban révélant le tombeau des hommes, ce sont des paroles de foi !

Louange à Dieu !
Au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux.
Il n’y a de Dieu que Dieu !

Cela remplace le lugubre « hic jacet ».

Les vieux traducteurs ou copistes musulmans terminent ainsi leurs manuscrits : « … écrit pour l’oubli des temps par le serviteur de son Dieu, un tel… etc… » — Les noms des morts et les formules de foi sont « écrits pour l’oubli des temps. »

Les musulmanes processionnelles ou isolées en leurs mystérieux haïks blancs ou leurs draperies bleues erraient entre les cippes, s’asseyaient familièrement sur les marbres. Elles s’entretenaient des défunts, sans amertume, et de toutes les choses de la vie, sans pudeur. Des enfants épluchaient des arachides en écoutant ce que disaient les femmes. Et celles qui marchaient lentement dans la nécropole aux chemins herbeux évoquaient quelques théories d’antiques en Hellade, sorties du gynécée pour la visite aux tombeaux…

Mouni s’était tout à coup et si bien mêlée à la foule féminine que Noura ne la retrouvait plus ; car, ce jour-là encore elle avait mis ses voiles qui la confondaient avec les autres filles de sa race.

Et Mouni est à genoux sur une tombe abandonnée où des herbes profuses frissonnent. Entre les herbes, elle creuse un trou et enterre sept petites pierres…

C’est un sortilège des tentes. Mouni a pris ces sept pierres en prononçant le nom d’un homme qu’elle croit ou sait amoureux. Les pierres, chauffées au feu et précipitées dans l’eau froide, doivent être ensevelies près des os d’un mort, pour que le sort s’accomplisse. Le cœur de l’homme nommé, désormais sera glacé pour l’objet de son amour…

Noura a retrouvé sa petite fille, qui, la sorcellerie terminée joue avec les herbes qu’elle redresse et sourit à Noura.