Et le lendemain étant un vendredi, le jour de la visite des femmes au cimetière :

— O Noura, dit Mouni, laisse-moi aller avec elles.

— Je t’accompagnerai.

— Comme il te plaira.


Sur la pente de la colline qui confine à l’écume des vagues, le cimetière.

La songerie habite le jardin clos de la mort musulmane ; une songerie sans tristesse, plutôt une indéfinissable douceur mauve, presque une joie tranquille. De cet Islam en cendre une sérénité émane.

Là, le visage hypocrite de la mer trop bleue, l’impatience et la rage des houles. Ici, le beau repos de la terre, la vie muette et éloquente des plantes, le luxuriant accueil des treilles et des figuiers. Dans l’herbe il y a de rouges sourires et des regards dorés de fleurs sauvages près des petites têtes frisées des chardons ; tout un épanouissement né du retour de la chair à la poussière…

Oh ! l’angoisse des nécropoles chrétiennes avec leurs perles de clinquant, leurs amoncellements de pierres disparates sous le deuil des cyprès nombreux rigidement alignés, le luxe absurde et pitoyable des caveaux aux pharisiennes chapelles, près des croix effritées sur la fosse commune !

Dans le jardin d’Allah, c’est la rassurante égalité des tombes pareilles, figées dans la forme rituelle et les trois couleurs uniques ; blanc de marbre, azur de faïence, vert de badigeon. A peine, par la dimension des barrières réunissant plusieurs tombeaux d’une même famille, à peine peut-on conclure que tels morts furent plus riches que d’autres.