— Noura, que signifie ce geste inattendu de Claude Hervis. Penses-tu qu’il m’aime et qu’il veuille m’épouser ?

— Non, certes.

— Alors il est fou et je déteste cette folie qui t’a fait de la peine.

Et comme la Mâlema interrogeait avec un sanglot dans la gorge :

— Tu ne l’aimes pas, toi au moins ?

— Oh ! non, par ta tête et mon cou !

La petite se détournait et furtivement pressait la paume de sa main sur ses lèvres, frissonnant d’allégresse au souvenir du baiser reçu.

Des jours ayant passé, Noura parut se réveiller d’un lourd sommeil. Ses paupières se rouvrirent sur son regard énergique. Sa raison était victorieuse de son amour et de son ressentiment. Elle pardonnait à cet homme, — que rapetissait ce pardon, — l’homme qu’elle jugeait désormais devoir toujours succomber à la langueur, à la faiblesse, au caprice impulsif des Orientaux. Cette faiblesse et ce caprice constatés portaient une telle atteinte à l’affection que Noura la forte avait donnée à son ami, qu’elle ne souffrait presque pas de vouloir oublier cette affection. Claude ne pouvait plus lui apparaître comme le dominateur qu’elle avait cru pressentir ; elle ne souhaitait pas le revoir.

Son nom ne fut plus prononcé dans la maison. Une seule fois, Mouni demanda :

— Il y a longtemps que nous n’avons vu ce fou. Reviendra-t-il ?