Sisann se chaussa, prit son voile et son haïk, sans attirer l’attention de sa mère et invita Fatma à la suivre.
Elles sortirent toutes trois. Leurs fines silhouettes voilées glissèrent comme des ombres vives dans les ruelles. Sisann et Fatma, instruite à son tour du secret de Mouni, se réjouissaient de ce secret.
— La Mâlema le connaît-elle ? demandait la petite divorcée.
— Non, non, ne lui dites rien ! Noura ne comprend pas l’amour.
— C’est une Française ; les Français ne savent pas aimer comme les Arabes.
— Peut-être, murmurait mystérieusement l’enfant de Noura.
Elles étaient devant une porte que Sisann ouvrait sans heurter l’anneau. Dans une cour, sous l’ombre d’un pêcher, des femmes vaquaient à leur facile ouvrage. L’une cousait en forme de gandourah une pièce de soie, le tissu retenu entre ses orteils, l’aiguille dirigée comme une alène de savetier. Une autre appareillait des manches de mousseline et une fillette pétrissait la pâte blanche pour le pain du soir.
Au fond de la cour, le seuil de la mosquée cachée de Sidi Abd-el-Kader. A l’intérieur du sanctuaire, un clinquant de bazar européen s’harmonise naïvement avec une vague tentative d’art oriental. Dans le mystère d’une crypte basse gîte le tombeau du saint.
Mouni s’est prosternée et prie avec les paroles d’une sourate que Claude Hervis citait pour sa poétique perfection :
Je mets ma confiance dans le Dieu du matin,