Afin qu’il me délivre des maux qui assiègent l’Humanité,

Des influences de la lune couverte d’ombres,

Des maléfices de celles qui soufflent sur les nœuds

Et des noirs projets que l’envieux médite.

La prière finie, elles sortent, suivent de nouvelles ruelles et pénètrent dans une autre demeure dont la porte jamais n’est close. Au seuil elles croisent la Bent Fraîchichi.

— Ah ! Mouni, dit celle-ci, j’ai interrogé Si Rabah en prononçant le nom de la Mâlema. Voici sa réponse : « Celui qui l’aime n’aimera jamais une autre femme. Rien ne détachera son cœur de son souvenir. S’il s’est penché une fois sur une autre bouche, c’est comme le voyageur qui s’arrête un moment à l’ombre du jujubier sauvage en attendant celle du palmier. » — Répète cela à la Mâlema.

Elle les quitte en riant des yeux violents et de la pâleur de Mouni.

Dans l’antichambre obscure, une négresse en gandourah jaune est assise sur la margelle d’une citerne et, devant une logette s’étale une vieille courtisane aux traits rusés.

R’naïfa soulève un rideau blanc ; c’est l’ombre douce d’une cellule. Sur un lit de repos, près d’une table basse surchargée de fleurs, un homme est à demi couché, sa figure de Christ rêveur émergeant d’une djellaba marocaine. C’est Si Rabah le derouïche célèbre et souvent emprisonné, qui sait toute chose.

Sisann et Fatma baisent avec une tendre vénération la tête du jeune solitaire au sourire archangélique, au regard malicieux et trop noir.