— Voici le temps de travailler, ma fille.

L’épousée plia sa robe brodée, son voile joli, les mit dans le sendouq[34] de ses noces dont la serrure faisait un bruit de grelot avertisseur chaque fois qu’on l’ouvrait ou le fermait. Elle lava ses mains peintes, s’agenouilla devant la guessâh[35] de bois d’olivier et pétrit la galette quotidienne. Cela fatiguait ses bras minces et elle n’aimait pas toucher la bouse sèche qui alimentait le feu.

[34] Coffre enluminé.

[35] Large plat.

Mais il advint que Djénèt ne sut pas garder le plaisir de son mari. Il se plaignit de la facilité du divorce, de la loi koranique trop favorable pour les femmes et qui lui avait fait perdre Helhala aux malices savoureuses. Il déserta le gourbi souvent. Djénèt fut en butte à l’animosité de ses beaux-parents qui déjà l’aimaient peu parce qu’elle savait des choses qu’eux ne savaient point.

— O Roumïa, disait la belle-mère, ta science française ne t’a pas rendue habile en amour.

Sous les ricanements, Djénèt travaillait davantage, comme possédée du désir de revenir entièrement à ceux de sa race, de racheter l’apostasie de son premier geste et de son intelligence qui s’appliqua hors l’Islam et les coutumes. Après l’amour bédouin, le labeur purifiait Djénèt de son péché…


Noura et Mouni saluent une vieille qui, devant un des gourbis formant le petit douar où vit Djénèt, tourne habilement et exactement l’argile pour en faire des poteries, le tadjin[36] à quatre cornes, le kanoun qui en a trois et la quedra[37] sans anses. Un chien aboie furieusement. Dans les jardins maraîchers s’égrène le tic-tac des norias. Deux jeunes femmes qui bêchent un champ se redressent, belles dans leurs haillons rouges, leurs bras de cuivre appuyés au manche des houes.

[36] Plat pour cuire les galettes.