Elle scande, et Noura s’étonne de sa véhémence : — Louange à Dieu puisque l’indigne que tu aurais pu choisir est loin de notre vie. Tous les Français sont-ils aussi stupides et misérables ? Qu’il soit oublié. Je suis honteuse à cause de mon amitié pour lui.

Elles sont près d’un groupe de gourbis parmi lesquels est celui de Djénèt qui se maria avec l’époux de Helhala la perdue.


Lorsque Djénèt arriva au gourbi, comme Richa était arrivée dans la maison fermée de Saïd ben Hamzi, les crépuscules du printemps étaient beaux de grandes lumières hâtives. Les lumières, plus intenses maintenant, magnifient la misère blonde des champs de l’été.

Dans le gourbi encombré de femmes de petite condition, car Djénèt et son mari étaient eux-mêmes de caste inférieure, muette selon la coutume, paupières closes, elle avait eu une figure si pâle, si différente de celle de Helhala qui l’avait précédée dans le même lieu. Helhala n’était pas restée enlinceuillée. Bravant la critique elle s’était assise près de sa mère ; elle ne parlait pas, mais ses paupières battaient malicieusement et ses lèvres gourmandes riaient.

Djénèt resta passive et immobile.

Durant la « hadjeba », la lune de miel, une tente blanche, abritant exactement la largeur du lit arabe, se dressait à l’écart du gourbi.

Djénèt y vécut ses huit jours d’inaction et ses huit nuits d’amour. Quand le soleil se levait, le mari s’en allait et la mère de l’épousée venait repeindre les lèvres, les joues blêmes, les yeux las, remettait le voile pailleté, renouait les foulards soyeux. Et Djénèt redevenait une idole assise sur le matelas qu’un tapis séparait de la terre, avec, autour d’elle, une cour de femmes et d’enfants.

Les huit jours écoulés, la mère était partie, la petite tente avait été rendue au loueur ; le jeune couple dormit dans le gourbi familial.

Et la belle-mère avait dit :