Le lendemain.

Loin de la ville, aux environs de la koubba de Sidi-Brahim, Noura et Mouni suivent la route qui longe un oued au passé scintillant de paillettes d’or, au présent fétide de boues.

C’est vers le soir. Des souffles troublent les rameaux et plissent l’eau mate. Des parfums essaiment de la terre chaude, des prairies rousses. Un oiseau isolé jette un appel net et sec comme un bruit de taquet.

— Mouni, dit brusquement Noura, pourquoi ne pas m’avoir avoué que tu étais allée chez Si Rabah ?

Mouni tressaille imperceptiblement. La Bent Fraîchichi a parlé.

— Je ne l’ai pas avoué par crainte d’une réprimande. Sisann et Fatma m’ont entraînée. J’étais un peu curieuse du derouïche. Es-tu très fâchée ? Nous avons rencontré la Bent Fraîchichi. Elle a répété des paroles bizarres que Si Rabah aurait dites à ton intention. Il m’a semblé qu’il s’agissait de Claude, qu’il t’aimait… Alors, il était véritablement fou quand il s’est penché sur moi ! Et toi ?…

Une angoisse perce sous la volubilité fiévreuse de Mouni.

— Je ne l’aime plus, si un moment j’ai cru à l’amour qu’il m’offrait, répond lentement Noura. Si Rabah est un charlatan. Nous n’expliquerons pas les caprices de Claude ; nous les jugeons coupables, cela suffit. Mais, ma petite enfant, tu devrais ne rien me cacher de tes actes et de tes pensées.

— Qu’ai-je caché, excepté cette simple chose ?