Les gourbis disparaissent à peine au détour de la route.

— Mouni, cria Noura, Mouni, je veux la vérité, toute la vérité !

Et dans le cœur de la jeune fille l’espoir et le désespoir se heurtaient, se brisaient misérablement. Elle demandait la vérité et cette vérité fulgurait en elle, poignante. Elle souffrait comme si cette petite créature impassible, immobilisée devant elle, eût agonisé dans les pires tortures.

— Mouni, Mouni, tu l’aimais !…

O figure dorée, chère petite figure de princesse sarrasine, visage muet de Mouni, voici se déchirer brusquement le masque d’orgueil ! Voici paraître l’aveu passionné de l’âme, une douleur exaltée et sauvage, la violence du désir et l’horreur de la déception. O petite idole, tu aimes un mortel et ton châtiment est venu ; mais les lèvres restent si fières dans leur frémissement tragique qu’elles ne profèrent pas un regret. Elles disent simplement :

— Noura, mon cœur me fait mal, mon cœur me blesse, ô Noura. Il est le maître et je ne peux pas le dominer ici. Pour moi, l’ombre même de la maison devient dure et méchante. Cela passera. Cela doit passer quand le souhait n’existe plus, quand la rancune n’a pas pu naître, mais seulement le mépris pour la faiblesse de ceux qu’on croyait forts. Laisse-moi partir, Noura ; Lella Fatime est encore à la zmala, laisse-moi la rejoindre.

Les traits de Mouni étaient plus expressifs que ses paroles, plus expressives la désolation de ses prunelles profondes et sa bouche hautaine douloureusement.

Des mots tremblèrent, arrachés aux entrailles de Noura.

— Si tu pars, tu ne reviendras plus.

— Je reviendrai guérie.