— Si leur père veut…

— Et les tiennes, Merïem ?

— Cela m’est égal. Elles pourront apprendre à lire, peut-être, pour faire comme moi. Moi, je lis le journal à mon mari, c’est ennuyeux de lire ; mais mon mari s’amuse et dit que ton beylik est fou.

— Toi, Louïz, que fais-tu de ton instruction ?

C’est Merïem qui réplique :

— Elle s’en sert pour savoir la valeur de ses sultanis.


Contre la barrière qui entoure le sépulcre de Sidi Brahim, quatre êtres étaient accroupis, tassés par l’ahurissement de la misère, quatre êtres copiés sur les sinistres silhouettes que Loti peignit dans l’Inde.

Une larve humaine pendait à la mamelle vidée et flasque d’une femme de vingt ans. Entre les genoux de cette femme, un garçonnet aux admirables yeux de souffrance injuste, d’étonnement douloureux. La tuberculose et le rachitisme déformaient ses jointures, recroquevillaient ses membres où les chairs fondaient en plaies purulentes.

Une fille de quinze ans, sœur de la mère, et dont les bras étaient couturés de cicatrices blafardes, se leva après un long colloque.