La bouffonne venait de mimer avec une passion cynique l’éternelle aventure de deux amants, de la rencontre à l’étreinte. Les femmes surexcitées approuvaient par des applaudissements frénétiques.

Les musiciennes, — joueuses de bendir, de derbouka et de tambourins continuaient le refrain et le rythme sur lesquels la bouffonne avait dansé.

— Je te prie, dit la fille misérable à l’une des belles idoles de la fête, je te prie… Nous sommes entrées, ma sœur et moi, pour un vœu. Prête-moi un foulard ; il faut que je danse afin que Sidi Brahim accepte le vœu.

Le foulard flottant au bout de ses doigts, maladroitement, sans passion, ni grâce elle suivit le battement des musiques aux saccades de ses hanches maigres. Elle ignorait la danse maraboutique, sacrée, qui plaît aux saints. Comme Photine saluant le Messie avec un chant de courtisane, elle faisait ce qu’elle savait.


Noura s’était assise près de la misère de la femme et des petits. Elle apprenait que le mari était en prison, compromis dans une affaire de vol. Sous un gourbi croulant, les abandonnés vivaient d’aumônes.

— Il faut aller au dispensaire ; on soignera cet enfant, dit Noura.

— Je ne sais pas le chemin, répond la femme. Je ne suis jamais allée dans la ville.

Ainsi, hors les remparts à peine, des êtres vivaient et mouraient sans même avoir désiré connaître ce que cachaient ces murailles.

Une voix aiguë s’élève, une de ces voix de tête suprêmement appréciées par les Arabes. C’est celle d’une matrone presque aveugle, mais savante en l’art de chanter. Elle commence un solo dans le silence des instruments et de l’assistance.