Les ferveurs trépident dans les fumées bleues… En quel temps et en quel pays cette nuit étrange ? A quels dieux sont dévouées ces vivantes adorations ? A ceux de l’Inde mystérieuse ou à ceux de Babylone et surtout à toi, peut-être, Vénus-Astarté, l’amour… A moins que le Prophète, sous les yeux extasiés du derouïche, ait convié les paradisiaques danseuses autour de ton sépulcre, ô notre seigneur Brahim !…

Le premier rai du soleil levant pénètre dans la koubba, réjouit au seuil de la porte, les deux hommes somnolents, gardiens de l’honneur, de la beauté et des richesses de plusieurs familles.

Le rayon détermine les formes des femmes aveulies dans l’hypnose après l’énervement, ou dans la béatitude du sommeil matinal. Quelques-unes se soulèvent, pâles, paupières épaisses. Des enfants geignent qui s’embrouillent des bras et des jambes, mêlant leurs nudités. Un fou entre, un garçon de seize ans, vêtu d’une seule gandourah déchirée, maculée d’excréments. Dans sa main, quatre brins d’herbes fatidiques. On se détourne de lui, mais nul ne le chasse ; sa disgrâce le fit sacré.

Noura est sortie. Depuis des heures elle étouffait dans l’atmosphère viciée. Elle est sortie le cœur lourd du secret de Mouni, le secret révélé dans le crépuscule de la veille. Et voici ce cœur si triste dans son amour, martyrisé dans ses tendresses, angoissé dans ses espérances, le voici plus pesant d’un poids nouveau, de ce qu’on apprit cette nuit.

Le mari de Zorah est mort, brusquement, sans causes apparentes. La femme qui raconta la chose dit aussi que les deux épouses du défunt avaient été emmenées, la première par ses parents, Zorah par un berger…

Et Noura sait que Zorah a empoisonné son mari…

Elle entend de vieilles paroles de Claude Hervis — « La souffrance et l’exaltation des unes, la révolte et la chute des autres, voilà l’aboutissement de vos leçons. » —

Mouni, Helhala, Djénèt, Zorah…

Ah ! la réalisation de son beau désir, que devient-elle ? Courbée sur la terre ingrate et dangereuse, elle laboure puis sème… Perdue au vent la semence ! Fleurie en floraison mauvaise ! Etouffée par la graine ancienne, germant et se développant malgré le passage du soc.