On chuchote les aventures de la belle, les révoltantes orgies qui furent dénoncées dans cette koubba de Sidi Brahim, les tombes violées par de macabres sorcelleries.

— Tout est vrai, affirme une vieille. Etant déjà menacée de la prison, Yamina a fait voler au cimetière l’œil, la main et un morceau de la cuisse d’une morte. Elle les a fait bouillir, sécher, piler, mélanger à du kouskous que son amant Ali porta comme un cadeau aux juges pour que, l’ayant mangé, ils fussent dans l’impuissance de condamner Yamina. On l’a mise en prison cependant, mais sa peine sera légère.

Enfin les musiciennes commencèrent les litanies saintes.

Le chapelet des noms et des vertus des merabtin s’égrèna.

Soudain, une jeune femme s’élança, — celle-là même qui se refusa au cheikh son époux. — Possédée d’un délire, debout devant l’orchestre, elle s’agitait en mouvements d’abord cadencés qui s’accéléraient jusqu’à la convulsion.

Elle n’avait pu résister à la sollicitation du nom de son saint de prédilection.

Elle dansait, silencieusement enviée par les jeunes filles qui n’ont pas le droit de participer à la danse pieuse. Ses talons nus rythmaient exactement le battement des tambourins, la mélopée des chanteuses. Son visage était nerveusement extatique. Toutes les prunelles s’attachaient à elle. Le derouïche ne fumait plus.

Suivant la cadence, le buste de la danseuse s’inclinait et se dressait. Le geste ailé de ses bras éployait la mousseline des manches larges. Puis, sa tête ballotta, foulards défaits, chaînettes pendantes contre les joues blêmes et mouillées. Un tremblement épileptique la saisit. Elle continua sa danse à genoux et, bientôt, se renversa avec un râle…

Celles qui avaient soutenu ses convulsions épuisées, frottèrent ses tempes avec de l’essence de rose. Elle but un peu d’eau, refit sa toilette avec un soin méticuleux, se pencha sur le kanoun où le benjoin brûlait et, le nom de son saint revenant dans les litanies, dansa encore…

O notre seigneur Brahim, dors d’un sommeil ivre, parmi le poison des parfums, l’ensorcellement du benjoin, le scintillement des joyaux, la litanie des chants et la folie des musiques !… Dors, ô notre seigneur Brahim !…