Ote-toi de ma présence.

Si tu m’aimes, ne serait-ce qu’un peu,

Fais-le moi connaître.

Les tympanons et le chœur scandent le refrain.

J’ai crié que je t’aimais…

Noura écoutait maintenant une créature exquise de charme jeune et de malicieuse séduction qui lui racontait :

— J’ai été mariée une fois, pendant cinq jours, répudiée, remariée un mois après pour la joie. On m’avait donnée à un vieux cheikh et j’aimais mon cousin ; mais je n’osais pas refuser d’épouser le cheikh à cause des cadeaux qu’il m’avait faits. Seulement, pendant les cinq jours et les cinq nuits où je suis restée dans sa maison, je ne lui ai pas permis de me connaître. Dès le premier soir, je simulai la folie et chaque fois que le cheikh voulait me prendre, je devenais comme une panthère furieuse dans la forêt. Alors, le cheikh m’a rendue à mon père. Mon père était fâché à cause de ma réputation. Il criait : — « Que ferai-je de toi ? Qui te voudra désormais ? » — J’ai fait prévenir mon cousin. Il a dit : — « Elle est folle, à mon oncle. Tous les gens le savent. Qui la voudrait ? Donne-la moi, c’est pour te rendre service… » — Tu comprends, ô Mâlema, nous avons bien travaillé pour notre plaisir.

Elle s’éloigne, répondant à un appel des musiciennes qui l’adulent comme toute la féminine assemblée, car elle a la réputation d’être une superbe amoureuse et d’avoir autant d’esprit que d’amour.

Elle entonne une bizarre complainte devenue populaire. C’est l’œuvre d’une prostituée emprisonnée après de hideux scandales et qui rima un poétique plaidoyer de son innocence.

— La chanson de Yamina, murmure l’auditoire.