Des douars étalent le diss noirci de leurs gourbis. A l’écart d’un troupeau de chèvres, un mulet gris somnole ; de façon mélancolique et cordiale un chien à tous poils hurle contre son museau.

Les collines ont un maquis de lentisques pomponnés de baies rouges, et des lianes épineuses unissent un parfum âcre à l’esprit flottant et doux des narcisses pâles.

Des troncs de chênes-lièges brûlés jalonnent les croupes. Le conducteur conte comment il y avait là des forêts épaisses, vénérables, hantées par les fauves, riches d’écorces. Un jour cinq foyers d’incendie s’allumèrent à la frontière tunisienne. Les flammes chevauchèrent et bondirent avec le sirocco. Le soir, le feu avait dévoré le pays. La forêt est morte ; il reste le maquis repoussé que broutent les chèvres.

Mais, dans un paysage épargné, voici la grandeur des chênes géants aux rudes tuniques passementées de lichens.

Une maison esseulée s’ouvre.

— Je vous attendais, je vous souhaitais même depuis la lettre de sœur Bénigne. Soyez la très bienvenue. Ce n’est point ici un palais. Je ne peux pas vous offrir l’hospitalité ensoleillée de mon pays de palmes et de lumière, pas plus que je ne pourrais retrouver en moi la joie du temps passé, mais mon cœur vous accueille.

Ainsi parle la veuve du commandant Soer. Et Noura s’incline, et Mouni baise les mains de cette fille des Chorfa Fatimites, princesse musulmane sur qui passa le baptême chrétien.

Puis, sous les chênes, madame Soer serrant la main de Mouni et s’appuyant au bras de Noura, ce furent de longues paroles dans l’intimité d’une sympathie spontanée.

Le souvenir du commandant héroïque était évoqué avec le parfait amour des jours enfuis. La créature de rare et délicate exception qu’il avait prise à l’Islam avait su profondément et d’un cœur compréhensif être la femme et la fille qu’il initiait à un monde nouveau.

Mais le malheur était venu ; l’époux dormait dans cet oasis du territoire sahari qu’il créait au temps du bonheur et, après le cruel abandon des palmes chères, la noble veuve vivait en forêt près de sa fille mariée.