— O petite convertie, songeait Noura, les lumières, les ors, les chants et l’encens qui a l’odeur du benjoin t’exaltèrent ; d’autant mieux que tu avais souffert une enfance misérable. Mais es-tu prise au fond de ta conscience ? Tes sens furent réduits par une volupté mystique ; puis, tu n’es pas une Arabe au sang d’intraitable vagabond ; tu es une Berbère ayant peut-être un aïeul Gaulois. Sois libre quelque jour où un vent chaud soufflera du Sud, où tes yeux et ta peau brûleront… Si la voix d’une raïta sauvage ou de la ghesbâ langoureuse, — du hautbois fanatique et de la flûte pastorale, — se fait entendre qu’adviendra-t-il ?…

La novice au visage d’adoration avait des lèvres qu’on eût plus facilement vouées aux baisers qu’aux prières et ses mains faisaient mieux songer à de frémissantes caresses qu’à l’égrènement du rosaire.

— Ma chère Noura, dit affectueusement sœur Bénigne en quittant la Mâlema, vous êtes dans une période de lassitude. Je sais pour vous un exemple qui agira avec plus d’efficacité que mes paroles. Allez rendre visite à mon amie, la veuve du commandant Soer[38].

[38] Celle dont il s’agit est morte tandis que s’imprimait ce livre. L’auteur veut ici saluer son souvenir de l’expression d’un douloureux regret.

— La touchante héroïne des « Gens de Poudre » d’Hugues Le Roux ?

— Elle-même ; c’est-à-dire, non l’héroïne fantaisiste du romancier, mais une femme de race, simplement exquise.

— J’irai.

La petite gare esseulée au bord d’un lac, la carriole attelée d’une jument jaunâtre, la route qui conduit dans la brousse où vit madame Soer.

Noura, Mouni et un conducteur au parler provençal sont dans la carriole.