Pour Noura, elle emporta de la maison forestière une âme vivifiée. Elle se fit un nouveau serment.
— Je ne veux plus que rien chancelle en moi. Que ma foi dans le bel aboutissement reste entière ! Il se peut que ma vie ne soit pas assez longue pour parvenir ; mais je laisserai le flambeau de mon expérience pour guider ceux qui viendront après moi, avec la possibilité d’appliquer un système plus vaste et plus efficace, dérivé du mien, peut-être. J’accomplis dans les limites de mon champ d’action, de la volonté et de la résistance humaine, mon travail de précurseur et d’annonciatrice. A d’autres appartiendra le soin d’affirmer et de généraliser la doctrine.
Le dispensaire… Une vieille koubba désaffectée, dortoir militaire au temps de la conquête, bien communal et infirmerie aujourd’hui. Une doctoresse y dirige une clinique et donne ses soins aux femmes et aux enfants indigènes.
Noura est allé chercher la malheureuse mère et les petits vus le soir de la fête à Sidi Brahim. Elle les amène à la consultation.
Des clientes et leur glapissante progéniture envahissent la cour.
Par les escaliers accédant à une coupole où s’accroche une vigne séculaire, la Mâlema voit descendre la bouffonne habile en l’art de mimer le poème de la vie. La bouffonne bavarde avec les habituées, très petites bourgeoises, femmes du peuple ou prostituées ; car les filles de bonne maison ne vont point au dispensaire. Avec un esprit aiguisé la bouffonne déchire des réputations.
Noura a présenté ses protégés à la doctoresse et la félicite de l’installation de son infirmerie.
— Ah ! mademoiselle, il y aurait mieux à faire, mais l’argent manque. Enfin, c’est un commencement. Je n’ai que trois malades pour le moment. Le danger c’est que, guéries, elles ne veulent pas partir, étant pour la plupart des abandonnées. Et, puisque j’ai cette occasion de vous entretenir, que je vous dise ; en faisant la leçon aux futures mères de famille que sont vos élèves, persuadez-les de ne pas tuer leurs enfants avec de l’opium. Regardez.
Elle montre un nourrisson comateux étendu sur les genoux de sa mère et dont les yeux ouverts ne voient point.